« Je ne peux pas penser au mariage, à l’accouchement ou à l’avenir ».

Une jeune femme de 26 ans atteinte d’un cancer de la thyroïde et de métastases pulmonaires poursuit TEPCO.

Tokyo Shimbun, 19 janvier 2022, 06h00

Six jeunes gens qui ont développé un cancer de la thyroïde après l’accident survenu à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi cherchent à faire établir la responsabilité de TEPCO (Tokyo Electric Power Company) devant les tribunaux. Ils ont de forts doutes sur le fait que, malgré la découverte d’un cancer de la thyroïde chez environ 300 personnes qui étaient des enfants au moment de l’accident, aucun lien de causalité avec l’accident n’ait été reconnu, d’autant plus qu’une réduction du nombre d’examens de dépistage est envisagée. « Je ne veux pas que cela continue comme si rien ne s’était passé », a déclaré une jeune femme de 26 ans, qui vit dans la région de Nakadôri, dans le centre du département de Fukushima, qui s’inquiète pour son avenir après avoir appris que son cancer s’est propagé à ses poumons. (Article signé de Natsuko Katayama)

17 ans « Pourquoi moi ? »

« Le médecin m’a dit qu’il y avait quelque chose de suspect dans mon cou en plus de l’ombre détectée sur mes poumons. Je ne peux pas penser au mariage, à la naissance d’un enfant ou à quoi que ce soit d’autre à l’avenir », dit-elle tranquillement chez elle, ce matin du 11 novembre, avant de se rendre à son travail à temps partiel.

Elle se rend à l’hôpital une fois tous les trois mois. Son cœur se serre quand elle voit un jeune enfant dans la salle d’attente. « Le cancer a été détecté lors d’un examen de dépistage alors que j’étais asymptomatique. Réduire l’examen[1] peut ne pas sauver des vies. »

On lui a diagnostiqué un cancer de la thyroïde en mars 2013, juste avant qu’elle ne commence sa troisième année de lycée, à l’âge de 17 ans. « On m’a dit que si je ne me faisais pas opérer, je risquais de ne pas vivre jusqu’à mes 23 ans. J’ai essayé de croire que tout irait bien, même si je me demandais: Pourquoi moi? »

La plaignante, qui a subi deux opérations pour retirer
la totalité de sa glande thyroïde et qui devra prendre
des médicaments pour le restant de sa vie,
vit dans le département de Fukushima.

Deux opérations, une chambre comme une cellule de prison

Sa mère âgée de 57 ans a retenu ses larmes en entendant le diagnostic en même temps que sa fille. Celle-ci est entrée au lycée en avril 2011, juste après l’accident nucléaire. Au début, elle portait un masque pour se protéger de l’inhalation de matières radioactives, mais elle a rapidement cessé de le porter. Elle marchait 40 minutes dans chaque sens pour se rendre à l’école, et participait aux cours d’éducation physique à l’extérieur. L’esprit de sa mère était rempli de regrets : « Si seulement nous étions partis pour se réfugier ailleurs », disait-elle.

La jeune fille voulait aller à l’université à Tokyo, mais sa mère, inquiète pour sa santé, l’en a dissuadée, et elle est allée à l’université dans la préfecture voisine. Cependant, six mois plus tard, elle a commencé à se sentir léthargique, fatiguée et à avoir des menstruations irrégulières. Elle a donc passé un nouveau test de dépistage.

« Il y a une récidive sur le lobe restant de la glande thyroïde. Une ombre a été observée aussi sur le poumon », lui a dit le médecin. « Je ne suis pas guérie »; elle s’est effondrée en larmes avec sa mère. Elle a quitté l’université à l’âge de 19 ans pour se concentrer sur son traitement.

Les deux opérations et une biopsie furent des épreuves difficiles à supporter. Lors d’une ponction biopsie, plus l’aiguille s’enfonçait dans sa gorge, plus c’était douloureux. Elle a dû suivre trois séances d’irathérapie[2]. Elle a été placée en isolement dans une pièce ressemblant à une cellule où elle a essayé de tenir bon en regardant par une fenêtre plombée.

…mais maintenant je veux regarder vers l’avant.

Le jour de la cérémonie de passage à l’âge adulte, la jeune fille enjouée a dit à son père qu’elle était heureuse de pouvoir porter un kimono. Sa mère a été choquée d’apprendre que leur fille avait envisagé la mort. « J’ai un cancer, je ne vivrai pas longtemps », se répète-elle en plaisantant à demi. Ce qui brise le cœur de sa mère : « Pas un jour ne passe sans que je pense à la santé de ma fille ».

Les valeurs des marqueurs de son cancer sont plus élevées qu’avant l’opération. En raison des craintes de récidive et de métastases, elle a abandonné l’idée d’un emploi à temps plein dans la profession qu’elle souhaite exercer. Mais maintenant, elle veut regarder vers l’avenir. « Si l’accident n’y est pour rien, pourquoi y a-t-il tant d’enfants atteints d’un cancer de la thyroïde ? Il y en aura peut-être davantage dans le futur. Je sens que je dois faire ce que je peux maintenant ».

Paru dans Tokyo Shimbun le 19 janvier 2022 à 06h00 (heure japonaise), signé Natsuko KATAYAMA


Le second article par Natsuko Katayama traduit en français et ici.

NDT
[1] L’examen échographique de la thyroïde sur les personnes habitant dans le département de Fukushima et ayant moins de 18 ans lors de l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi est réalisé par le département de Fukushima. La diminution du nombre d’examens est en discussion ; l’examen serait source d’inquiétude pour les examinés, et ces examens éventuellement suivis d’une intervention chirurgicale seraient source de surdiagnostics.
[2] Traitement par Iode Radioactif

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